Rui Chafes et Alberto Giacometti

Gris, vide, cris

3 octobre – 16 décembre 2018

 

« Tout l’art du passé, de toutes les époques, de toutes les civilisations, surgit devant moi, tout est simultané comme si l’espace prenait la place du temps.»

Cette réflexion d’Alberto Giacometti est le point de départ de la rencontre entre cet artiste et le sculpteur contemporain Rui Chafes, un défi lancé par Helena de Freitas, commissaire à la Fondation Calouste Gulbenkian. Le projet se développe comme une recherche sur le lexique commun aux deux artistes, l’intemporalité, la dématérialisation et le vide. Dans l’exposition seront présentées quinze œuvres d’Alberto Giacometti, onze sculptures et quatre dessins. Toutes les sculptures de Rui Chafes sont réalisées spécialement pour ce projet.

L’exposition aura lieu à la Délégation en France de la Fondation Calouste Gulbenkian, à partir du 3 octobre, avec le soutien de la Fondation Alberto et Annette Giacometti à Paris.

 

Rui Chafes, Avec rien, 2018, fer, 130 x 25 x 23 cm. Courtoisie de l’artiste. Photo: Alcino Gonçalves

Rui Chafes

Rui Chafes est né en 1966 à Lisbonne, ville où il vit et travaille actuellement. En 1989, il est diplômé en sculpture à la Faculté des Beaux-Arts de l’université de Lisbonne. Entre 1990 et 1992, il étudie avec Gerhard Merz à la Kunstakademie Dusseldorf en Allemagne. Pendant ce séjour, il traduit de l’allemand au portugais les Fragments de Novalis.

Rui Chafes se réclame d’un territoire intemporel et se situe intimement proche de ses maitres anciens dont Tilman Riemenschneider, Jacopo della Quercia, Bernini, Novalis, Otto Runge, avec qui les complicités sont plus électives que générationnelles. Ses sculptures sont presque toujours de fer, peintes en noir ou en anthracite, et recherchent le lieu vide d’un non objet.

Il expose régulièrement depuis les années 80 et a très tôt débuté une carrière internationale, en représentant le Portugal à la Biennale de Venise (en 1995 avec José Pedro Croft et Pedro Cabrita Reis) et à la Biennale de São Paulo (en 2004, dans un projet avec Vera Mantero). Plusieurs de ses sculptures se trouvent aujourd’hui dans l’espace public, au Portugal et à l’étranger. Il a reçu en 2004 le Prix de sculpture Robert-Jacobsen de la Fondation Würth en Allemagne et en 2015 le Prix Pessoa au Portugal.

 

Alberto Giacometti, Toute petite figurine, 1937-1939, plâtre, 4,50 x 3,80 cm, coll. Fondation Giacometti, Paris. © Succession Alberto Giacometti (Fondation Giacometti, Paris + ADAGP, Paris) 2018

Alberto Giacometti

Né en 1901 à Stampa, en Suisse, Alberto Giacometti est le fils de Giovanni Giacometti, peintre postimpressionniste renommé. C’est dans l’atelier paternel qu’il est initié à l’art et qu’il réalise, à 14 ans, ses premières œuvres : une Nature morte aux pommes peinte à l’huile et un buste sculpté de son frère Diego. En 1922, Giacometti part étudier à Paris et entre à l’Académie de la Grande-Chaumière, où il suit les cours du sculpteur Antoine Bourdelle. A cette époque, il appréhende la technique du dessin d’après modèle et s’intéresse aux compositions avant-gardistes, notamment post-cubistes. En 1929, il commence une série de femmes plates, dont la nouveauté lui vaut d’être remarqué par le milieu artistique surréaliste. En 1931, Giacometti adhère au mouvement surréaliste d’André Breton ; les sujets surréalistes sont importants dans sa création : amour et mort, vision onirique, objets à fonctionnement symboliques. A la même époque, il crée de nombreux objets utilitaires pour le décorateur d’avant-garde Jean-Michel Frank : lampes, vases, appliques. Dès 1935, il prend ses distances avec le groupe surréaliste et se dédie intensément à la question de la tête humaine, qui sera pendant toute sa vie un sujet central de recherche.

Après avoir passé les années de guerre en Suisse, de retour à Paris, il reprend les recherches sur la figure humaine. Ses modèles favoris sont ceux qui vivent à ses côtés : Annette, son épouse depuis 1949, et Diego, son frère et assistant. Travaillant d’après nature, il vise à restituer le modèle tel qu’il le voit, dans son aspect toujours changeant. D’autres fois, ses figures deviennent anonymes, placées sur des socles qui les isolent du sol, ou inscrites dans des « cages » qui dessinent un espace virtuel. En 1958, il est invité à soumettre un projet pour la place de la Chase Manhattan Bank de New York. Il choisit de reprendre en grande taille les trois motifs qui hantent son œuvre depuis 1948 : une figure féminine debout, un homme qui marche et une tête monumentale. Finalement, le monument ne sera pas installé à New York mais Giacometti présentera une première version en bronze de cet ensemble à la Biennale de Venise en 1962, où il remporte le grand prix de la sculpture. Après les grands succès de ses rétrospectives de Zurich, Bâle, Londres et New York, Alberto Giacometti, affaibli par un cancer, s’éteint en janvier 1966 à l’hôpital de Coire, en Suisse. (Fondation Giacometti, Paris).

 

Exposition ouverte lundi, mercredi, jeudi et vendredi de 9h à 18h
Samedi, dimanche et jours fériés de 11h à 18h
Entrée libre. Pour le confort de la visite, l’accès en salle est limité.

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Autour de l’exposition

Conférence de Federico Nicolao, La main dans le vide, le 18 octobre à 19h

Conférence de Federico Nicolao, La main dans le vide, le 18 octobre à 19h

À travers leurs sculptures, Alberto Giacometti et Rui Chafes voyagent dans l’inconnu, demandent à l’individu de s’engager dans une trajectoire singulière et périlleuse jusqu’à accepter que le temps et l’espace, infracassables, soient des critères de représentation de la réalité dont on doit apprendre à douter.

Conférence de Maria Filomena Molder, Un trou dans la neige, le 6 novembre 2018

Conférence de Maria Filomena Molder, Un trou dans la neige, le 6 novembre 2018

Giacometti, alors qu’il avait 4 ou 5 ans, raconte sa passion pour la neige et le désir irréfrénable qu’il avait de se rendre, un jour, dans une prairie où, muni d’un bâton pointu, il aurait fait un trou minuscule dans la neige, dans lequel il se faufilerait avec son petit sac et se cacherait tout l’hiver.